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HADIPURNOMO, CE GRAND INTELLECTUEL DE SURABAYA A REJOINT LES ILES SUMBA POUR TOUJOURS

Hadipurnomo, anthropologue et réalisateur de films et de documentaires nous a quitté à 89 ans. Il était un artiste et un scientifique engagé, bien connu des milieux intellectuels de Surabaya et de l’Est indonésien. Nous avons demandé à Ayos Purwoaji, jeune commissaire, proche de l’Institut de Français de Surabaya, d’évoquer sa mémoire et nous parler de son œuvre.

Hadipurnomo a été un pionnier des études d’anthropologie visuelle en Indonésie. Il est né à Malang, a passé son enfance à Surabaya et Yogyakarta, a vécu longtemps à Bali et Jakarta, puis après sa retraite, il est retourné à Surabaya. Hadipurnomo a reçu une bourse Fulbright à deux reprises pour étudier l’ethnographie et le cinéma à l’UCLA (1979), à l’Université de New York (1980) et à l’Université de Californie du Sud (1988). Entre 1974 et 2017, il a produit une trentaine de films / vidéos abordant des questions sociales et culturelles en Indonésie. La plupart de ses œuvres documentaires sont influencées par le cinéma d’observation de figures de l’anthropologie visuelle, dont Jean Rouch, Robert Gardner et Timothy Asch.

Pendant sa période à Jakarta, Hadipurnomo a passé du temps avec des universitaires, des humanistes et des artistes. Il a étudié la danse traditionnelle javanaise et le ballet. En 1974, il aide le réalisateur Teguh Karya à réaliser le film « Cinta Pertama ». Sa participation à ce film le pousse à poursuivre ses études en cinéma. Toujours dans la même année, il entame un long projet de réalisation d’un documentaire pour le peintre Affandi. Pour réaliser ce film, il reste à proximité et suit Affandi pendant un an et demi. En 1977, en collaboration avec l’écrivain Sitor Situmorang, avec qui il réalise le documentaire « Saur Matua », consacré aux rites funéraires du peuple Toba Batak.

Hadipurnomo participe ensuite aux activités d’enseignement à l’Université d’Indonésie après son retour d’études des Etats-Unis. Il a été chargé de guider et d’assister les étudiants se spécialisant en anthropologie pour mener des recherches sur le terrain et développer des méthodes ethnographiques visuelles. En 1990, il a fondé le Social Sciences Research Bureau (BRIS) avec le Prof. Dr. Koentjaraningrat. Grace à ce laboratoire de recherche, il a travaillé sur plusieurs projets en science sociale en Indonésie. L’un de ces projets concerne la recherche sur le potentiel et les contributions des personnes âgées à Jakarta, Yogyakarta, Padang et East Sumba (1994-1995). En 2007, il déménage à Surabaya pour enseigner la culture à l’Université de Ciputra pendant huit ans.

L’Ile Sumba appelée « Tanah Humba » par ses habitants (« La terre d’origine ») occupe une place spéciale dans le cœur d’Hadipurnomo car il y a mené à partir de 1978 de nombreuses études et observations, notamment sur la partie est de l’Ile (Nusa Tenggara Timur /NTT). Hadipurnomo est d’abord venu à Sumba pour documenter le processus d’inhumation du roi Raja Lewa Kambera à Prailiu. Cinq ans plus tard, il est retourné sur cette ile pour réaliser un film intitulé « Dateo : Le dernier déplacement de pierre » (1983) sur la cérémonie d’enterrement du roi Umbu Nggama Haumara dans le village d’Uma Bara, Pau, Melolo. Le processus de réalisation du film Dateo a duré environ quatre mois, au cours desquels il a dû vivre, se fondre et connaître la vie quotidienne de la communauté de Sumba. Le dernier jour du tournage du film Dateo, il a demandé au roi Raja Umbu Nggiku la permission de réinterpréter les funérailles de roi Raja Lewa Kambera. Cet événement peut être considéré comme le premier témoignage consacré à la culture du peuple Sumba. Le film de 40 minutes a été projeté à plusieurs reprises toute la nuit et il s’est déplacé dans les villages, où il a été visionné par des centaines de personnes chaque nuit. En plus des deux films, Hadipurnomo a également mené une étude visuelle approfondie sur les motifs des tissages traditionnels de Sumba. Diverses photographies et documentaires sur Sumba ont été montrés dans divers établissements d’enseignement dans plusieurs pays.

Ses proches décrivent Hadipurnomo comme une personne forte de caractère, mais également très souple. Idéaliste, mais aussi capable de s’adapter où qu’il soit. Pour ses étudiants, il était un enseignant reconnu pour son engagement, sincère et responsable. Hadipurnomo était un véritable intellectuel qui a consacré sa vie à la science et à l’humanité. La dernière année de sa vie a été consacrée à Sumba, la dernière des terres dont il ait rêvé.

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