Culture

Surabaya Johnny : Un projet culturel et scientifique dédié au territoire maritime et aux gens de mer

« J'étais jeune, dix-sept ans, une môme
Je t'ai vu, t'arrivais d'Birmanie
Tu disais qu'il fallait qu'j'te suive
Tu disais : t'auras pas d'soucis
J't'ai d'mandé c'que tu f'sais dans la vie
Tu m'as dit aussi vrai que j'suis là
Je travaille quelque part aux ch'mins d'fer
Et je n'ai rien à fich' sur la mer
Tu parlais trop, Johnny
Tout était faux, Johnny
Et tu m'as trompée, Johnny
Dès le premier mot… »
[1]

[1] Complainte amoureuse adressée à un marin, tirée de la comédie musicale « Happy end » (1929), musique originale de Kurt Weill et textes en allemand de Bertolt Brecht ; textes en français de Boris Vian (1958) et interprétation de Catherine Sauvage.

Surabaya Johnny c’est l’histoire d’un marin-aventurier, briseur de cœur, c’est également l’inspiration et le point de départ d’un projet culturel et scientifique développé par l’Institut Français d’Indonésie à Surabaya autour des gens de mers et de leur territoire. Un projet qui combine toutes les formes d’intelligence créatives, scientifique, technique et artistique, au service d’un développement harmonieux et durable de cet espace fragile à préserver et développer pour le bien commun de tous.  Car Surabaya est indissociable de l’activité maritime, qui en a fait sa richesse et qui constitue un enjeu stratégique et économique de première importance dans la région. Tanjung Perak, le port de la ville et premier port d’Indonésie est en effet le collecteur et le distributeur des marchandises pour Java-Est et les archipels de l’est. Il abrite également le commandement de la flotte orientale de la marine indonésienne ainsi que le centre de la navigation inter-îles de l’Est de Java. Tout au long de l’année, chercheurs et artistes français, tous créateurs d’idées, se succèdent à Surabaya. Les premiers en tant qu’invités de l’Institut français d’Indonésie, dans le cadre du Cycle de conférence HTS au titre de la Coopération en science et technologie et les seconds dans le cadre des tournées artistiques nationales et régionales ou d’invitations ciblées de l’antenne de l’Institut à Surabaya. Dépasser les clivages sectoriels, susciter les rencontres, créer des histoires ponctuelles mais profondes entre les hommes et les femmes d’ici et de France, telle est l’ambition de ce programme transversal Surabaya Johnny dédié à la mer et aux gens de mer.

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En 2014, le Président indonésien Joko Widodo lance son projet « Pivot maritime mondial » ; il entend renforcer l’identité maritime de ce pays, longtemps oubliée. L’objectif premier est de renforcer les infrastructures portuaires, mais aussi de réaffirmer l’autorité du pays sur son espace maritime. Avec ses 14.000 îles (dont 900 sont habitées), l’Indonésie est en effet le plus grand archipel du monde, réparti de part et d’autre de l’équateur et qui se développe sur deux continents l’Asie et l’Océanie (avec la partie occidentale de la Papouasie). Le nom même du pays, issu du néologisme grec Indo (indien) et nêsos (ile), défini la relation de ses habitants à la mer. Pour Eric Frécon, professeur à l’Ecole navale de Brest et coordonnateur de l’Observatoire Asie « les pays possèdent des points communs, puisque la France possède la deuxième plus grande zone exclusive mondiale (ZEE), alors que l’Indonésie possède les plus grandes eaux archipélagiques ». Il ajoute que « les deux pays doivent faire face à des frontières maritimes contestées tout en ayant à gérer des îles parfois difficilement habitables[1] ». En partageant son expertise avec l’Indonésie dans le domaine maritime, la France entend s’implanter plus fortement en Asie du sud-est.  Cette volonté trouve une concrétisation lors de la visite d’Etat de François Hollande en Indonésie en mars 2017, avec l’élaboration d’une déclaration conjointe des deux présidents pour un partenariat maritime vaste. Ce document fixe la collaboration dans plusieurs domaines : le contrôle et de la défense des zones maritimes, conformément au droit international (notamment la lutte contre la piraterie en haute mer et la pêche illicite), l’accroissement des échanges économiques et commerciaux entre les deux pays par un rapprochement des entreprises françaises et indonésiennes du secteur, la protection de l’environnement et des écosystèmes et le développement de la recherche dans ce secteur (notamment dans la recherche de solutions au problème de l’érosion littorale et à celui des risques sismiques et volcaniques).

SURABAYA JOHNNY : PROJETS 2019

En 2019, le Programme Jeune création développé par l’IFI Surabaya arrive à son terme et permet d’alimenter le projet transversal Surabaya Johnny dédié à la mer et aux gens de mer. Les deux jeunes artistes retenus, Erell Hemmer, photographe de 27 ans originaire du Havre et Rémi Decoster, 28 ans, réalisateur et photographe parisien sont aujourd’hui au bout de leur cheminement. Après avoir présenté à Surabaya des projets artistiques finalisés et réalisé une résidence artistique en 2018, ils présentent ce mois-ci du 12 au 27 avril 2019, la restitution de leurs travaux de recherche menés pendant leur séjour à Surabaya.

Première phase : Présentation de projets artistiques en Indonésie

Les deux artistes ont eu l’occasion de présenter à Surabaya leurs travaux développés en France à travers des expositions, films, conférences et ateliers :

  • La Galerie des Glaces, exposition photographique par Erell Hemmer à Jayanata Beauty Plaza en Février 2018, ainsi qu’au Senayan City Mall à l’occasion de la Fashion Week de Jakarta du 3 au 17 Février et au musée de Nuart à Badung en Décembre 2018.
  • Des Blancs et des Noirs, documentaire produit par Rémi Decoster, projeté le 8 Juillet 2018 au Centre Créatif Qubicle (Juillet), en présence de l’Ambassadeur de France Monsieur Jean-Charles Berthonnet, après les attentats qui ont durement touchés Surabaya en mars 2018.
  • Trace de vie, exposition photographique de Rémi Decoster présentée à Surabaya Art Center en Juillet 2018.

Deuxième phase : Résidence artistique et recherches thématiques à Surabaya

L’IFI a réuni les deux artistes autour d’un projet sur la ville portuaire de Surabaya et ses interactions sociales ; ils ont tous deux développé un projet artistique personnel pendant plusieurs mois.

Erell Hemmer a choisi de se consacrer au Port de Tanjung Perak, dans le cadre d’un travail qu’elle referme aujourd’hui autour de la mémoire et du deuil de son père, ancien capitaine de la marine marchande. Rémi Decoster s’est quant à lui intéressé à une petite communauté singulière qui effectue quotidiennement des trajets entre l’Ile de Madura et Surabaya et qui vit de l’activité des mariages, en maquillant et en costumant les convives et les couples.

Troisième phase : exposition des travaux au sein de la Fondation House of Sampoerna
Les deux projets photographiques réalisés par Erell Hemmer et Remi Decoster sont aujourd’hui exposés au sein de la Fondation House of Sampoerna à Surabaya. Les travaux de Remi Decoster sont présentés dans les salles du musée et y trouvent un écrin prestigieux, alors que ceux d’Errer Hemmer sont exposés dans un conteneur devant le bâtiment.


SURABAYA JOHNNY : PROJETS 2018

Conférences et rencontres avec des experts
La venue d’experts à Surabaya, dans le cadre du programme de conférences en sciences humaines et sociales (cycle homme territoire et sociétés) de l’Ambassade (service de coopération scientifique) a alimenté ce projet :

Eric Frécon qui enseigne le droit et les institutions, les relations internationales ainsi que la géopolitique à l’Ecole navale de Brest est venu présenter une conférence intitulée : « l’Indonésie face à la piraterie et au banditisme naval » (objet d’un ouvrage édité chez Fayard) et a partagé son expérience unique avec les étudiants d’ITS (Faculté de technologie maritime) et de l’Ecole navale de Surabaya (février 2018), réunis à l’occasion.

Isabelle Antunes, géographe, dont l’expertise porte sur la géographie culturelle, le développement, l’écriture et la réalisation de film documentaire a évoqué et partagé avec des étudiants de l’Université Unair (Faculté de la mer et de la pêche) la vie et les techniques des pêcheurs de Sulawesi et de ceux de Java Central (avril 2018).

Résidence de jeunes artistes
Erell Hemmer, jeune photographe française native du Havre, présente de janvier à mai 2018, a réalisé un travail de recherche autour du Port de Tanjung Perak, dans la continuité de son projet initié sur les ports du monde (Islande, Japon, Chili, Bolivie, Pérou, Argentine). Ce projet doit aboutir à une exposition itinérante qui sera présentée à Surabaya dans un conteneur et transportée par voie maritime jusqu’au Havre pour faire l’objet d’une nouvelle exposition dans les mêmes conditions.

Remi Decoster, jeune photographe et documentariste breton a été accueilli en résidence à Surabaya de juillet à septembre 2018. Il a, durant trois mois, étudié les relations sociales entre Surabaya et l’Ile de Madura toute proche. Sa recherche l’a mené sur les pas inattendus d’une communauté homosexuelles maduranaise, qui s’intègre à la société locale et à la vie économique de Surabaya par ses compétences dans le champ des festivités, de l’apparat, du costume et du maquillage.

Baroque nomade
Le Baroque Nomade est un ensemble français qui participe au renouvellement de l’interprétation de la musique baroque, en s’appuyant sur les découvertes musicologiques les plus récentes et sur les relations historiques et musicales entre l’Europe et l’Asie. Les marins musiciens, présents sur les vaisseaux au XVIIIème siècle, ont initié ces hybridations, redécouvertes et interprétées avec brio par cet orchestre.

Europe on screen
Dans le cadre du Festival de cinéma européen Europe on screen (mai 2018), l’Institut français d’Indonésie à Surabaya a proposé au public deux documentaires sur la mer : Ouragan, l’odyssée d’un vent (Cyril Brabançon, Andy Byatt, Jacqueline Farmer –  2015, FR) et freightened, the real price of shipping (Denis Delestrac – 2016, SP).


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